C'était il y a 100 ans...
Notre petite provençale marchait à vive allure, sur le chemin qui mène de Saint Antonin à Lorgues. Elle était jeune, et fort jolie comme le rappelle le vieux pépé, qui lui même l'apprit de son père...Joséphine partait tôt, et parcourait à pied les deux kilomètres et demi jusqu'au village. Elle avait gardé l'habitude de sa mère, et quittait le foyer dés l'aube, avant que les chauds rayons de soleil n'apparaissent...
En ce temps là, on disait du Var qu'il était la plus grande oliveraie de France...
Au hameau des Salettes, le Petit Train des Pignes ne s'arrêtait pas encore. Souvent, pour repartir de Lorgues, Joséphine saluait Monsieur Bouvet, le chef de gare et montait dans une voiture à 10 heure sonnante... Elle descendait à Sainte Foy, où le petit train faisait halte depuis 1898. Alors, elle revenait sur ses pas, jusqu'à sa terre.
Joséphine était courageuse, ''pleine de vie'' et toujours joyeuse. Joséphine souriait et saluait tout le monde, si bien que tout le monde aimait la jolie provençale. La terre de ses parents, aux Salettes, était son bien le plus précieux, et elle excellait dans l'art de soigner l'olivier. Là, sous ses arbres, elle ne comptait pas son temps et, de ses mains expertes, leur prodiguait les meilleurs soins...
Aprés ses oliviers, son second amour fut Célestin. Il venait d'Entrecasteaux, et cultivait l'olive sur les nombreuses terres de ses parents. On dit de Célestin qu'il tomba éperdument amoureux de Joséphine, dés le premier regard. Et Joséphine aima Célestin, presqu´aussi immédiatement. Alors on les maria...
Ce matin là encore, c'était pour lui que Joséphine revenait du village à vive allure...comme tous les matins...elle volait vers Célestin.
L'histoire ne dit pas comment, ni pourquoi, la vie quitta si tôt Joséphine, le laissant seul et désemparé...Comme dans les contes de fées, ils auraient pu avoir beaucoup d'enfants mais n'en eurent pas le temps.
De Joséphine, Célestin reçut ses oliviers, cette terre si précieuse. Et quand il prit alors soin des arbres séculaires, quand l'or jaune coula encore dans d'autres mains que celles de la jeune femme, c'est Joséphine qu'il voyait vivre et sourire, encore...
Ensuite, le Petit Train des Pignes fit halte au hameau des Salettes, mais jamais Joséphine ne l'emprunta. Célestin alla seul, sans elle à son bras. L'homme encore bien jeune pleura longtemps sa bien aimée...
Dix longues années passèrent, et avec elles "La grande guerre". Puis un jour, le coeur encore chagrin, Célestin se remaria. Juste le temps de donner un héritier à la terre de Joséphine et la deuxième guerre emporta notre amoureux vers les cieux de sa belle. Heureux, ensemble, réunis pour l'éternité, enfin...
Le Train des Pignes disparut lui aussi pour toujours, les dégâts causés par les bombardements étant trop importants pour penser à remettre la ligne en état de fonctionnement. Aujourd'hui, un magnifique chemin de randonnée, long, très long, domine le massif des Maures.
L'héritier de Célestin, le petit Jean, ne toucha pas à la terre de Joséphine.
Presque 100 ans passèrent depuis le départ de la petite provençale et la drôle de vie réunit Marilyn et le vieux Jean autour d'un bouquet de fleurs des champs. Magique étincelle, clin d'oeil aux amoureux du ciel, tandis que sur la terre, Marilyn promit, en hommage à Joséphine, la Villa....au milieu des oliviers.
Vous verrez si vous passez par là... Vous sentirez planer dans l'air, comme une bulle de douceur, un océan d'amour, et, si vous tendez bien l'oreille... Vous entendrez tomber de la voûte céleste une pluie de bonheur...
Marilyne